Des images et de la politique

Le blog de David Vilder, photographe, activiste, environnementaliste, jardinier, mécano, geek, amateur de vin. Pour les photos veuillez consulter ma page web: http://www.davidvilder.com

Catégorie: Environnement

Montréal et ses industries malades

On parle beaucoup des industries dans l’est de Montréal ces temps-ci. Radio Canada a révélé que plus de 22,000 litres d’hydrocarbures se sont écoulés sur les terres de Montréal Est durant les 12 derniers mois. J’ai donc été faire un petit tour histoire de constater un peu de quoi avait l’air Montréal Est… Photo essay:

Chemin de fer menant au Port de Montréal

Vive Cuba!

La raffinerie Suncor

Mais Rivière des Prairies c’est aussi ça:

Le fleuve Saint Laurent à l’Est de Montréal

Et c’est ici qu’il y a deux ans une fuite de diésel a causé une marée moire de ‘seulement’ 10m de large sur 2km de long, sans aucun impact sur la vie marine nous dit-on. Chantal Rouleau, l’élue de l’époque dans Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles s’était plainte de ne pas pouvoir parler aux gens de Suncor, compagnie qui n’a jamais été inquiété. C’est bizarre on dirait un des multiples crimes pétroliers/environnementaux qui se produisent par millier en Afrique chaque année, sauf que c’est à Montréal.

La pisse noire de Suncor s’écoule dans le Saint Laurent, et les bélougas se régalent.

Les maires de Mercier, Châteauguay, et Sainte Martine interpellent les partis politiques provinciaux sur la pire catastrophe écologique ayant frappé le Québec.

Nathalie Simon, Maude Laberge, et Jacques Lambert en conférence

J-6: Aujourd’hui à 14h les maires de Ville Mercier, Châteauguay et Sainte Martine se sont réunis pour exhorter les partis politiques en lices au élections à se prononcer sur la pire contamination d’eau douce de l’histoire en Amérique du Nord. Entre 1968 et 1991 des milliers de tonnes de déchets toxiques ainsi que plus de 150 000m³ d’huiles et solvants ont été déversés et enfouis sur le site des anciennes lagunes de Mercier. Pendant des années ces déversements ont été cautionné par le gouvernement du Québec en pleine connaissance de la possible contamination des eaux souterraines. À partir de 1970 l’entreprise Goodfellow (aujourd’hui Laidlaw, et maintenant Clean Harbors) obtint un contrat du gouvernement pour construire un incinérateur sur le site des lagunes pour traiter les déchets toxiques, aux frais du gouvernement. Goodfellow cependant continuera de déverser les déchets toxiques qu’ils ne pouvaient incinérer, et ce pendant 20 ans. Pire encore, en 1980 une partie des lagunes furent remblayées, enfouissant de ce fait les déchets toxiques et huiles boueuses à jamais dans le sol.

En 1992, Jean Charest, alors Ministre de l’Environnement du Canada, admet qu’il est nécessaire de « restaurer le site, d’extraire et de traiter en toute sécurité les sols contaminés de la zone des anciennes lagunes ». En 1994 le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) conclue qu’une « excavation partielle des sols […] permettrait d’extraire rapidement et dans la mesure du possible les contaminants les plus facilement accessibles ».

L’incinérateur sur le site des lagunes de Mercier

Depuis, rien n’a été fait, absolument rien. Une usine de traitement des eaux a été installé sur les lieux. Cette usine filtre partiellement l’eau contaminée de la nappe phréatique pour la rejeter dans la rivière Châteauguay. Environs 211 000m³ de sols sont estimés contaminés par des hydrocarbures, solvants, métaux, BPC et autres produits toxiques, sur une surface de 30km².

Cette zone est située entre Ville Mercier, Châteauguay, Saint-Rémi et Sainte Martine. Ce secteur dépend économiquement de l’agriculture principalement. C’est donc la santé physique des habitants de la région ainsi que la santé économique du secteur qui est affectée. Les municipalités citées doivent acheminer l’eau potable d’autre municipalités par des aqueducs, étant donné que la nappe phréatique est contaminée. Depuis 1994, pourtant, le gouvernement du Québec a choisit l’immobilisme comme ligne d’action. Des chercheurs de l’UQAM avaient fait une demande de subvention pour effectuer des recherches sur l’impact sur la santé des habitants locaux, mais ces subventions ont été bloquées par le gouvernement.

Les générations passent et le problème devient de plus en plus distant. Des nouveaux candidats aux élections provinciales vont, viennent, mais le problème demeure. Une des pires catastrophes écologiques de l’Amérique du Nord, à 30km de Montréal, et tout le monde s’en fou.